C’est une loi de la psychologie humaine, de nos histoires personnelles et de celles des peuples : le rejeté, l’ignoré, le non reconnu finit par nous rattraper, parfois nous envahir.
Le gouvernement Trump et le courant Maga inspirés par J.D. Vance en sont l’illustration, nourris des frustrations et du sentiment du rejet vécus par une partie de la population américaine face au wokisme.
Vance, intellectuel au cœur de la pensée de Trump et d’une Amérique méprisée incarne ce mécanisme. Il est issu de parents ouvriers victimes de la désindustrialisation et d’une région dévastée par la mondialisation. Il vécut la folie meurtrière en Irak, menée par une classe politique à l’hubris démesurée rêvant de répandre dans le monde le modèle américain au prix exorbitant. Converti au catholicisme une fois adulte, il connait le mépris des élites politiques, intellectuelles et wokistes pour la foi et la religion.
Rejet de classe, mépris des racines chrétiennes, violence sociale ont produit au bout de quelques décennies le raz de marée Trumpiste, revanche du rejeté, du méprisé.
L’histoire est peuplée de ces retours de manivelle de l’ignoré. En France, une fois le roi tué, l’Empereur apparut, en Allemagne, l’humiliation du traité de Versailles produisit la revanche du Reich, chez nous, l’abaissement et la honte de la défaite en 1940 ont accouché de l’impossible décolonisation. Après l’impuissance, il nous fallut retrouver notre sentiment d’existence. Le rejet et le mépris ressentis par les classes populaires travailleuses de nos provinces ont produit l’excès de violence des gilets jaunes.
Ces mêmes mécanismes valent pour nous tous, à l’échelle individuel et pour nos organisations.
Le non reconnu, non accepté et non accueilli en nous finira un jour par nous rattraper, souvent de façon incontrôlée et irrationnelle. Mon agressivité refoulée prendra en situation de stress les couleurs de la violence, mes fragilités non accueillies s’exprimeront par projection sur mes proches (reproches de leurs fragilités) ou me submergeront un jour (effondrement) . Accueillir nos forces contraires et nos ombres est le travail d’une vie vers la construction de notre Arlequin, d’une personnalité harmonieuse et heureuse de toutes ses parties.
C’est aussi un principe universel du management des équipes : comprendre, reconnaître et tisser avec celui qui ne ressent pas comme moi, ne pense pas comme moi, ne voit pas ce que je vois. Bref, intégrer des qualités contraires pour construire une performance durable, au service de valeurs et du projet communs est un vrai boulot. C’est un travail complexe, éprouvant et passionnant et c’est pour cela que l’on vous accompagne, chers amis managers, habités par la mission de faire réussir les autres.
Serge Griffon, Neom : l’infini des possibles