Qui ignore son ombre…BIS….

4 Juil 2025 | Management

C’est une personne qui passe sa vie à faire le bien, traquer la misère, chasser le mal, aider autrui, sauver des âmes. Sa générosité inspire, son humilité ouvre des chemins et son dédain du pouvoir force l’admiration. Son rayonnement est planétaire. On le préfère entre tous, tant ses combats fascinent. Cet homme est un saint envoyé sur terre pour servir.

Aimerais- tu être son ami?

C’est une personne qui passe sa vie à traquer ses proies, féminines toujours et enfants souvent, une passion folle et ancienne. Il manifeste de profonds « déséquilibres nerveux » a-t-on diagnostiqué dans sa jeunesse. Son orgueil démesuré l’amène à dissimuler, mentir souvent à tel point qu’il fut déchu de la direction de sa propre association et même interné en hôpital psychiatrique. Il écrase ses proies de sa notoriété planétaire. Ses obsessions sexuelles ne s’apaisent pas avec l’âge. Cet homme est un ogre de pouvoir, un monstre envoyé sur terre pour salir.

Aimerais-tu être son ami ?

Bien évidemment, c’est le même (voir le livre de MF Etchegoin et L Cherel : Abbé Pierre la fabrique d’un saint).

Son incroyable histoire témoigne du même mécanisme que j’évoquais dans mon dernier texte sur ce réseau : il parle de la dualité, ombres et lumières en chacun d’entre nous, parce que nous sommes Humains.

Il ne s’agit en rien d’excuser des comportements condamnables mais de comprendre et de travailler à nourrir le meilleur en nous.

Comprendre que le pire et le meilleur siègent au plus profond de chaque être humain, car nous sommes humains. Que nos pulsions de mort, nos pulsions noires, grises ou inconfortables croisent au tréfond de nos abîmes nos pulsions belles, nos désirs de vie, d’alliance, de beauté et de générosité.

Comprendre que ce n’est pas en ignorant le noir en nous, en le mutilant (comme l’abbé a mutilé sa propre chair, toute sa vie, depuis l’âge de 8 ans!), en le jugeant qu’on l’empêchera de nuire. Encore moins en jugeant l’autre, qui n’est rien d’autre qu’une vilaine projection de mes ombres tapies.

Comprendre pourquoi parfois le moins reluisant gagne la partie qui se joue en nous. Ce peut être sur des réactions anodines et sans conséquences, de petites piques, de petites moqueries, des propos acerbes, des incartades à la morale,  des agacements déplaisants. Ce peut être beaucoup plus grave.

Comprendre cela puis faire le travail d’accueillir, dialoguer, apprivoiser le mal aimé, mal-heureux, mal-traité qui sommeille, s’agite et crie famine. Ne pas combattre ou renier comme a combattu ses âmes noires l’abbé Pierre mais engager un fécond et complice dialogue en soi. Ce n’est ni une partie d’échec ni un combat de boxe mais de l’art martial : utiliser cette énergie sur un chemin de vie et d’élaboration. Ni la fuir ni la combattre, ce qui la renforce, mais la reconnaître,  la vivre en soi et la faire vivre dans des espaces créatifs et dédiés. Nos ombres sont d’abord une énergie, il s’agit de leur offrir un terrain d’apprivoisement et d’expression pour nous compléter.

Il en va de nous comme de nos Organisations ou de nos Directions : certaines valeurs, process et types de management permettent à leurs membres d’exprimer le meilleur, d’autres les amènent à donner le moins reluisant d’eux-mêmes.

L’histoire nous enseigne cela de tout temps et le XXème siècle particulièrement. Il est des organisations, des cultures, des modes de pouvoir qui permettent ou encouragent le pire de l’âme humaine. Ce pire va s’exprimer chez un nombre considérable de personnes, quel que soit leur niveau social ou culturel.

C’est aussi en cela que réside le sens profond, peut-être un des plus profonds du management, (de l’éducation par ailleurs) : établir des modes de relations, des modes d’organisation et de décisions qui vont permettre aux collaborateurs d’exprimer le meilleur d’eux-mêmes. Un management qui crée les conditions de la confiance, de la sécurité et de l’autonomie. Un management qui parie sur le meilleur de l’homme sans ignorer que le pire reste possible. Un management qui sait combien le regard porté sur l’autre, la croyance projetée sur l’autre, la foi en les qualités de l’autre vont nourrir sa confiance et sa croyance en lui-même. Alors là réside le début de l’aventure de humaine. Le reste est affaire de compétences.

Pour cette ambition et ce métier, de rendre l’homme meilleur, plus confiant et plus gagnant, nous sommes à vos côtés, pour vous y aider, vous former et vous accompagner, longtemps encore.

Serge GRIFFON, Neom – l’infini des possibles

SERGE GRIFFON